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Publié le 10-09-2012 / Dernière édition le 10-09-2012
 
Une tomate, ça voyage énormément
Le photographe Emile Loreaux a suivi l'itinéraire d'une tomate espagnole des serres andalouses aux étals parisiens. Une belle mise en images de nos modes de production délocalisés.
En images, tout a toujours plus d'impact. Le photographe Emile Loreaux l'a bien compris. Son sujet à lui, ce sera la tomate. Mais pas n'importe laquelle, celle venue d'Espagne que les consommateurs français retrouvent par kilos sur les étals des supermarchés l'hiver venu. Des serres espagnoles où s'échinent des travailleurs immigrés marocains, aux marchés de Rungis, jusqu'aux étals des épiciers de Belleville, ce photographe passionné par les questions sociales a traqué le fruit rouge tout au long de son (long) parcours. 


La "mer de plastique", près d'Almeria
 
Voilà comment il raconte l'histoire de cette aventure photographique 
 
«  Qui suis-je ? Il y a des questions sans réponses, mais quant à connaître la provenance d’une tomate que l’on vient d’acheter, si on le souhaite, c’est possible. J’ai déchiré le morceau de carton où il y avait l’adresse des tomates, et je me suis rendu à Rungis, tel un étranger avec un petit bout de papier qu’il ne sait pas lire. J’ai montré mon bout de carton à un chauffeur de camion, nous ne nous comprenions pas à cause de la langue, alors il a eu l’idée d’appeler son patron en Espagne, qui lui, parlait français. Affaire conclu, c’était parti pour Almeria. On m’a donc permis de satisfaire ma curiosité. Je n’avais pas beaucoup d’espoir sur la qualité de ces tomates qui ne pourrissent pas, ni sur les raisons qui les faisaient venir de si loin, et je suis passé des invitations aux menaces lorsque j’ai voulu rencontrer les travailleurs. Rejetés des villes par des intimidations, on pourrait ne pas les voir, et pourtant ils sont plus de 20000 à travailler et vivre dans les 35000 hectares de serres qui colonisent depuis vingt ans un ancien désert, "la mer de plastique". Aujourd’hui ils sont Marocains, sans papiers, mais déjà côtoient une main d’œuvre venue des pays de l’Est avec des contrats de travail qui ne les épargnent pas de la précarité. Malgré un accord qui fixe le prix de journée à 36€, les salaires versés sont de 20€ pour des journées de dix heures, soit 2€ de l’heure. Ce travail est né de la volonté de faire réfléchir sur les conséquences de certaines attitudes de consommation, en suivant à rebours le parcours d’une tomate. Il s’agit là de montrer un exemple de délocalisation au sein de l’Europe. Un esclavage moderne érigé en modèle économique ».


Un travailleur immigré en Espagne



Crédits photos : Emile Loreaux
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