Publié le 04-07-2012 / Dernière édition le 13-07-2012
Un arc en ciel pour l’environnement au Liban
Joelle travaille pour l’association libanaise Arc en Ciel. Sa mission : sensibiliser une société encore peu concernée au développement durable.
Kiagi : présentez-nous l’association Arc en Ciel ?
Arc en Ciel a été créée en 1985 afin de participer au développement du Liban de manière durable. Nous sommes basés à Beyrouth, la capitale du pays, et avons plusieurs pôles d’activités comme l’agriculture, l’emploi, la santé où l’environnement, pôle dont je suis responsable. Autre signe distinctif : nous intégrons au maximum des personnes marginalisées ou en réinsertion sociale dans nos activités.
Kiagi : l’un de vos premiers projets était consacré aux déchets hospitaliers...
Les déchets issus de la médecine humaine et vétérinaire sont un gros problème au Liban. La plupart sont éliminés avec les ordures ménagères et les eaux usées, ce qui présente des risques de contamination. Or, il y a plus de 140 hôpitaux au Liban. Imaginez l’ampleur des dégâts ! En 2003, nous avons donc établi un plan de traitement de ces déchets, notamment grâce à la mise en place de cinq centres de traitement dans le pays. Nous avons également établi un programme de sensibilisation du public à la dangerosité de ces déchets. Nous sommes ainsi intervenus non seulement au sein des hôpitaux mais également auprès des écoles, des universités... Plus de 2750 tonnes de ces déchets ont été traitées grâce à notre action à ce jour.
Kiagi : La gestion des déchets est très problématique au Liban...
En dehors des déchets hospitaliers, il faut savoir que chaque libanais produit entre 0,5 et 1 kilos de déchets chaque jour. C’est énorme. Résultat : les décharges à ciel ouvert sont saturées. Or nous n’avons à ce jour aucune véritable structure de recyclage et le gouvernement ne semble pas aller dans ce sens. Au contraire, plutôt que d’inciter au tri et au recyclage, nos gouvernants font construire un énorme incinérateur au Nord du pays, sans qu’aucune étude environnementale n’ait été réalisées au préalable et sans aucune information du public. Ce qui a fait l’objet d’une pétition citoyenne. Or, la population est déjà très sensible au tri sélectif. Nous le voyons lors de nos actions. De plus, 60 % des déchets sont d’origine organique et donc d’autant plus faciles à traiter. Mais il manque la volonté politique.
Kiagi : un autre de votre projet d’envergure est le programme Bouchons Roulants. De quoi s’agit-il ?
Ce programme est similaire à vos Bouchons d’amour en France. Les Bouchons Roulants sont très connus au Liban. L’idée est de collecter les bouchons en plastique des bouteilles pour les revendre à une usine de retraitement afin, grâce à l’argent collecté, de financer des chaises roulantes pour les personnes handicapées. En plus de l’action sociale, c’est également un bon moyen pour sensibiliser au tri et au recyclage.
Kiagi ; globalement les Libanais sont-ils sensibles à l’environnement, au développement durable ?
Les Libanais et l’environnement, c’est une relation plutôt ambigüe. D’un côté, tout le monde prend sa voiture tout le temps, à cause du manque de transports en communs. Et nous ne sommes pas vraiment sensibilisés à la protection des ressources naturelles, l’eau notamment. Par exemple, nous n’avons aucune station d’épuration ou de traitement des eaux et l’eau du robinet n’est pas potable. Mais en même temps, nous sommes très attachés à nos forêts, au reboisement notamment après la guerre. Tous les Libanais ont déjà planté un arbre dans leur vie. Pour conclure, je dirai que si les gens sont globalement prêts à agir, là encore, il manque surtout la volonté et les infrastructures pour le faire.
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