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Publié le 29-03-2011 / Dernière édition le 23-01-2012
 
S’impliquer dans la gestion de l’eau
A l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, le 22 mars, Kiagi s’est intéressé à la notion de gestion citoyenne de l’eau. Qu’est ce que cela veut dire ? Comment s’impliquer ? Interview d’Yves Sintomer, professeur de sciences politiques à Paris 8 et chercheur au CNRS.
A l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, le 22 mars, Kiagi s’est intéressé à la notion de gestion citoyenne de l’eau. Qu’est ce que cela veut dire ? Comment s’impliquer ? Interview d’Yves Sintomer, professeur de sciences politiques à Paris 8 et chercheur au CNRS.

Kiagi : qu’entend-on par cette notion de gestion citoyenne de l’eau ?

L’idée fondamentale, c’est de se dire que sur un enjeu aussi capital que l’eau, il est important que les décisions et la gestion ne soient pas du monopole soit d’un acteur privé ou d’un acteur public. Les citoyens doivent avoir leur mot à dire sur la façon dont est gérée cette ressource. Maintenant, lorsque l’on observe les différentes expériences, on s’aperçoit que cela signifie des choses très différentes. Une gestion citoyenne de l’eau, ça peut être des citoyens tirés au sort qui donnent un avis sur certains aspects du cycle de l’eau. Cela peut vouloir dire également l’organisation d’un référendum pour savoir si on préfère une forme de gestion privée ou publique, par exemple. Cela peut également être une réflexion sur les investissements et les petits travaux qui permettent d’améliorer l’accès des consommateurs. Il existe toute une panoplie de dispositifs pour impliquer les citoyens non élus.

Kiagi : où en est-on en France de cette implication citoyenne ?

En France, nous accusons un certain retard par rapport à d’autres pays comme la Suède ou l’Angleterre. Paradoxalement, nous sommes plutôt en avance sur la question de la remunicipalisation des services de l’eau, à Paris ou Nantes par exemple. Sur la dimension citoyenne, il y a de réels progrès à faire, notamment en milieu urbain. Pourtant, il existe quelques initiatives. Une expérience a ainsi été menée par Nantes Métropole. La communauté d’agglomération a organisé un jury citoyen sur la gestion de l’eau. Des habitants, tirés au sort, ont été invités à émettre un rapport sur la façon dont ils aimeraient y participer. Une sorte d’atelier citoyen sur la participation citoyenne en somme ! Il s’agissait davantage ici de mener une expérience de démocratie participative plutôt que d’une véritable implication dans la gestion de l’eau.


Kiagi : des exemples à l’étranger ?

Pour en rester à l’Europe, on voit une pluralité étonnante de dispositifs participatifs émergents sur l’eau. Concernant les référendums, c’est en Allemagne que la pratique est la plus développée. Par exemple, à Berlin, un référendum a récemment contraint la municipalité à rendre publique une série de contrats passés avec des partenaires privés. Un premier pas vers une remunicipalisation de l’eau, sous pression citoyenne.
Autre expérience, en Suède, à Mälmo : là, l’entreprise de gestion de l’eau, qui est publique tente de renforcer le dialogue avec les citoyens-usagers. Avec pour objectif d’intégrer au quotidien leurs préoccupations. Cela est passé par une formation des employés, avant tout des ingénieurs, à l’écoute des consommateurs. Ils ont organisé des réunions publiques et mis en place une hotline, pour recueillir leurs plaintes et doléances.
Enfin, en Angleterre : là, la privatisation de la gestion a été radicale. On a réellement privatisée la ressource, avec des conséquences très négatives sur la qualité du service. Du coup, un conseil des consommateurs a été mis en place. Indépendant, il peut mener des recherches, interpeller les entreprises de l’eau, un peu comme la Cour des comptes peut le faire avec les administrations publiques. Il a un réel pouvoir d’interpellation, possède un siège national et a également été décentralisé dans les régions.

eau
Crédits photos : Johann Durand. Tous droits réservés


Kiagi : concrètement, qu’est-ce qu’un citoyen peut retirer de cette implication dans la gestion de l’eau ?

Il faut distinguer deux choses :
le débat citoyen lié aux grands enjeux de l’eau. Cela portera sur la notion de bien public, de protection de la ressource...
la participation individuelle en tant que consommateur-usager. Là, il s’agit d’agir clairement sur le service. On cherchera à choisir le mode de gestion qui permet de réduire sa facture d’eau, souvent la régie publique donc, ou encore qui améliore la distribution de l’eau dans sa commune. Dans cette démarche, une implication citoyenne dans la gestion de l’eau, cela équivaut à rechercher une amélioration du rapport qualité-prix.

Kiagi : le Forum mondial de l’eau, qui aura lieu à Marseille en 2012, sera-t-il l’occasion de faire émerger cette question sur le devant de la scène ? 

Ce sera une occasion précieuse mais je ne suis pas sûr qu’elle soit saisie. On observe un contraste assez fort entre l’avancement du débat sur l’eau comme bien public, en particulier en Europe et sur cette préoccupation pour la participation citoyenne dans la gestion. Paradoxalement, dans certains pays, comme l’Angleterre, la privatisation du service et la participation des citoyens ont marché de pair. L’enjeu aujourd’hui est de faire la synthèse entre toutes les expériences existantes, afin qu’elle se fécondent mutuellement. Cela est d’autant plus important que l’on observe une évolution périlleuse pour l’implication citoyenne dans le domaine de l’eau. En effet, la gestion de l’eau, en Espagne, en Italie ou encore en Allemagne, est de plus en plus attribuée à des entreprises privées, à capital public. On constate alors que la forme privée s’oppose de façon assez forte à un contrôle politique ou citoyen. Il faut mettre en garde face à ça.


Retrouvez aussi notre série de dessins animés sur la gestion citoyenne de l'eau.

Lien  vers le site du Conseil Mondial de l'Eau.

Une vidéo du projet Echos des Alternative sur les questions liées à l'eau en Amérique du Sud et du Nord.
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