Publié le 26-09-2011 / Dernière édition le 23-01-2012
Rencontre avec Pierre Rabhi
Pionnier du bio, il essaime le concept d’agroécologie. Afin de construire une société respectueuse des hommes et de la terre.
Pierre Rabhi, l’un des pionniers du bio en France, essaime le concept d’agroécologie. Afin de construire une nouvelle société, respectueuse des hommes et de la terre.
Rencontrer Pierre Rabhi pourrait impressionner plus d’un protecteur de l’environnement. Il faut dire que l’homme est l’un des pionniers de l’agriculture écologique en France. L’équivalent d’un Jimi Hendrix pour les amoureux de la guitare, rien que ça ! Si cet agriculteur multicartes (il est aussi philosophe et essayiste) n’est que peu connu du grand public, ses conférences sont généralement pleines à craquer et suscitent l’enthousiasme de l’assemblée. C’était ainsi le cas, mercredi 14 septembre, lors de sa visite à la Bergerie nationale de Rambouillet où il était venu présenter le concept d’agroécologie et afficher son soutien aux salariés. Ces derniers manifestent en effet contre un projet de démantèlement qui menace le fonctionnement et l’indépendance de la Bergerie. Voir la pétition.
Pourtant, rien ne destinait Pierre Rabhi à ce destin de défenseur des petits agriculteurs. Né en Algérie, où il passe une partie de son enfance, le jeune Pierre est témoin de l’impact de la colonisation dans sa famille : son père, forgeron, est en effet contraint de fermer son atelier pour travailler à la mine. Cette reconversion forcée marque fortement sa réflexion sur les limites de notre modèle industriel qui ne permet pas l’épanouissement humain. Il y est de nouveau confronté plus tard lorsque, cherchant du travail en France, il effectue ses premiers pas de travailleur en tant qu’ouvrier dans une usine. « Le système pyramidale de l’organisation du travail, la quête du profit illimité, le manque d’humanisme dans le rapport aux travailleurs... Autant dire que j’ai très vite cherché une nouvelle voie », se souvient-il dans un sourire.

Terres africaines
Parallèlement, Pierre Rabhi est impliqué auprès d’ONG de développement qui oeuvrent auprès des paysans en Afrique. C’est lors d’un voyage au Burkina Faso qu’il développera le concept d’agroécologie :
Ecouter la définition de l’agroécologie selon Pierre Rabhi
Fort des ses années d’expérience dans l’Hexagone, Pierre Rabhi voit dans l’agroécologie une alternative durable pour les paysans du Sud comme du Nord. Soumis à la loi du marché, les producteurs ne peuvent en effet plus subvenir aux besoins de leurs familles.
Ecouter l’explication de Pierre Rabhi sur les conséquences de l’agriculture intensive au Sud.
Depuis, il ne cesse de s’engager pour un mode de société plus respectueux des hommes et de la terre. En Afrique, il essaime les principes de l’agroécologie dans divers programmes et forme le premier centre africain de formation à l’agroécologie, à la fin des années 80.
Découvrer certaines de ses recommandations.
Il n’aura de cesse de convaincre les grands de ce monde de la viabilité de ce modèle agricole. Il trouve tout d’abord une écoute auprès du président burkinabé Thomas Sankara qui lui commande une étude afin d’appliquer l’agroécologie à l’échelle du pays. Malheureusement, ce dernier est assassiné peu après, en 1987, avant la livraison du rapport. En 1988, il est reconnu comme expert auprès des Nations Unies, pour la sécurité alimentaire et la lutte contre la désertification. Aujourd’hui, de nombreux programmes sont testés à travers le monde.
Ecouter les programmes en cours
Le mouvement Terre et Humanisme
Mais pour changer le monde, il faut aussi parler à la société civile. Afin de répandre ses idées auprès du grand public, il crée en 2000 l’association Terre et Humanisme, devenue depuis le mouvement Colibris. L’objectif de ce grand laboratoire citoyen : fédérer toutes les initiatives pour « changer le monde ». Producteur bio, collectivité impliquée dans la production d’écoquartier ou simplement citoyen engagé, Pierre Rabhi invite chacun à apporter sa pierre à l’édifice pour la construction d’une nouvelle société.
Utopique, Pierre Rabhi ? Ses détracteurs répondront que oui. Cependant ses idées, pleines de promesses et d’espoir, séduisent en ces temps de sinistrose. Au point que l’homme envisage de réitérer en 2012 son expérience de 2002 : se lancer dans « une campagne électorale non conventionnelle ». Pour le moment encore un peu flou sur le sujet, Pierre Rabhi semble cependant bien préparer une «contre campagne présidentielle citoyenne» qui permettrait de mettre en lumière l’agroécologie mais également toutes les initiatives alternatives respectueuses de l’homme et de la terre. « Un vrai complot pacifiste contre le modèle de développement actuel », souligne t-il. Ses idées devraient bientôt être rendues publiques dans un ouvrage édité avec Actes Sud.
Rencontrer Pierre Rabhi pourrait impressionner plus d’un protecteur de l’environnement. Il faut dire que l’homme est l’un des pionniers de l’agriculture écologique en France. L’équivalent d’un Jimi Hendrix pour les amoureux de la guitare, rien que ça ! Si cet agriculteur multicartes (il est aussi philosophe et essayiste) n’est que peu connu du grand public, ses conférences sont généralement pleines à craquer et suscitent l’enthousiasme de l’assemblée. C’était ainsi le cas, mercredi 14 septembre, lors de sa visite à la Bergerie nationale de Rambouillet où il était venu présenter le concept d’agroécologie et afficher son soutien aux salariés. Ces derniers manifestent en effet contre un projet de démantèlement qui menace le fonctionnement et l’indépendance de la Bergerie. Voir la pétition.
Pourtant, rien ne destinait Pierre Rabhi à ce destin de défenseur des petits agriculteurs. Né en Algérie, où il passe une partie de son enfance, le jeune Pierre est témoin de l’impact de la colonisation dans sa famille : son père, forgeron, est en effet contraint de fermer son atelier pour travailler à la mine. Cette reconversion forcée marque fortement sa réflexion sur les limites de notre modèle industriel qui ne permet pas l’épanouissement humain. Il y est de nouveau confronté plus tard lorsque, cherchant du travail en France, il effectue ses premiers pas de travailleur en tant qu’ouvrier dans une usine. « Le système pyramidale de l’organisation du travail, la quête du profit illimité, le manque d’humanisme dans le rapport aux travailleurs... Autant dire que j’ai très vite cherché une nouvelle voie », se souvient-il dans un sourire.

Crédits photo : Fany Dion
Et c’est celle de l’agriculture qu’il choisit d’emprunter. Tombé amoureux, avec celle qui deviendra sa femme, d’une ferme en Ardèche, il entreprend d’y cultiver une parcelle de terre. Cependant, il refuse le modèle agricole que l’on enseigne alors dans les centres de formation, où rien ne pousse sans produit chimique. Sur les conseils d’un ami médecin, il se tourne alors vers l’agriculture biodynamique, qui considère la terre avant tout comme un élément vivant et vise à utiliser le moins d’intrants possibles. « Dans les années 60, je faisais un peu figure d’extraterrestre » raconte-t-il. S’ensuivent une dizaine d’années d’expérimentations, d’échecs suivis de réussites, avant de pouvoir vivre de leur exploitation.
Terres africaines
Parallèlement, Pierre Rabhi est impliqué auprès d’ONG de développement qui oeuvrent auprès des paysans en Afrique. C’est lors d’un voyage au Burkina Faso qu’il développera le concept d’agroécologie :
Ecouter la définition de l’agroécologie selon Pierre Rabhi
Fort des ses années d’expérience dans l’Hexagone, Pierre Rabhi voit dans l’agroécologie une alternative durable pour les paysans du Sud comme du Nord. Soumis à la loi du marché, les producteurs ne peuvent en effet plus subvenir aux besoins de leurs familles.
Ecouter l’explication de Pierre Rabhi sur les conséquences de l’agriculture intensive au Sud.
Depuis, il ne cesse de s’engager pour un mode de société plus respectueux des hommes et de la terre. En Afrique, il essaime les principes de l’agroécologie dans divers programmes et forme le premier centre africain de formation à l’agroécologie, à la fin des années 80.
Découvrer certaines de ses recommandations.
Il n’aura de cesse de convaincre les grands de ce monde de la viabilité de ce modèle agricole. Il trouve tout d’abord une écoute auprès du président burkinabé Thomas Sankara qui lui commande une étude afin d’appliquer l’agroécologie à l’échelle du pays. Malheureusement, ce dernier est assassiné peu après, en 1987, avant la livraison du rapport. En 1988, il est reconnu comme expert auprès des Nations Unies, pour la sécurité alimentaire et la lutte contre la désertification. Aujourd’hui, de nombreux programmes sont testés à travers le monde.
Ecouter les programmes en cours
Le mouvement Terre et Humanisme
Mais pour changer le monde, il faut aussi parler à la société civile. Afin de répandre ses idées auprès du grand public, il crée en 2000 l’association Terre et Humanisme, devenue depuis le mouvement Colibris. L’objectif de ce grand laboratoire citoyen : fédérer toutes les initiatives pour « changer le monde ». Producteur bio, collectivité impliquée dans la production d’écoquartier ou simplement citoyen engagé, Pierre Rabhi invite chacun à apporter sa pierre à l’édifice pour la construction d’une nouvelle société.
Utopique, Pierre Rabhi ? Ses détracteurs répondront que oui. Cependant ses idées, pleines de promesses et d’espoir, séduisent en ces temps de sinistrose. Au point que l’homme envisage de réitérer en 2012 son expérience de 2002 : se lancer dans « une campagne électorale non conventionnelle ». Pour le moment encore un peu flou sur le sujet, Pierre Rabhi semble cependant bien préparer une «contre campagne présidentielle citoyenne» qui permettrait de mettre en lumière l’agroécologie mais également toutes les initiatives alternatives respectueuses de l’homme et de la terre. « Un vrai complot pacifiste contre le modèle de développement actuel », souligne t-il. Ses idées devraient bientôt être rendues publiques dans un ouvrage édité avec Actes Sud.
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