Publié le 26-09-2012 / Dernière édition le 26-09-2012
Perenco : la société française qui fait mal au Guatemala
Des communautés indigènes accusent le pétrolier français Perenco de porter atteinte à leur survie au Guatemala. Elles en appellent à la France pour les soutenir dans leur combat.
Le collectif organise en ce début d’automne une tournée européenne pour dénoncer la situation dans ce petit pays d’Amérique centrale, notamment dans le parc national Laguna del Tigre, au nord-ouest du pays. Dans cette zone humide protégée par la convention Ramsar, la plus grande du pays, vivent 37 communautés indigènes, soit 40 000 personnes. Elles se sont installées dans la région après plusieurs vagues d’immigration, dans les années 60-70 puis dans la décennie 90, notamment pour fuir la guerre civile qui faisait rage dans le pays. Très rurales, les familles vivent surtout de la culture du maïs et de haricots. Mais ces dernières années, elles doivent affronter un ennemi bien trop grand pour elle : le géant pétrolier Perenco.
Classée zone protégée
Ce dernier exploite les puits de pétrole de la zone depuis 2001, après les avoir racheté à la société Basic Resources. Signé pour une durée de 25 ans, le contrat d’exploitation devait prendre fin en 2010. Mais Perenco a finalement obtenu du ministère de l’Énergie et des Mines qu’il soit prolongé de 15 ans. L’entreprise en a profité pour ouvrir 5 nouveaux puits, en parfaite illégalité, puisqu’aucune amplification n’est spécifiée dans le document qui prolonge le contrat.
Cette entorse au droit du pays n’est pas la seule irrégularité relevée par les opposants à cette décision. Les communautés n’ont jamais été consultées lors de l’extension des puits et aucune étude d’impact environnementale n’a été publiée par l’entreprise. De plus, le statut de zone protégée de la lagune devrait rendre impossible toute extraction minière. Car les effets de l’exploitation pétrolière dans le Petén sont désastreux. Cette activité est notamment accusée de polluer l’air, de contaminer les sources d’eau, de provoquer des pluies acides ou encore de déclencher des maladies de peau et des cancers.

L'entreprise Perenco installée en pleine zone protégée au Guatemala
Quant aux communautés : « le gouvernement veut tout simplement nous chasser de la zone », explique Hilda Ventura, représentante des communautés au Guatemala. Car sur place, la situation est encore plus complexe. Non seulement Perenco veut y étendre ses activités mais le Péten est également une zone d’implantation des narcotrafiquants. Enfin, le gouvernement guatémaltèque prévoit de développer un grand projet touristique intitulé «IV Balam» autour des pyramides Maya. Résultat : les communautés indigènes sont priées de libérer le terrain.
Expulsions et bataillons verts
Dans les faits, cela se traduit par des expulsions de familles et par l’implantation de militaires, appelés « bataillons verts », soit-disant chargés de la lutte contre le narcotrafic. « En réalité, ces escadrons sont payés en partie par Perenco et nous empêchent désormais d’approcher nos terres et nos maisons, insiste Hilda Ventura. Il y a déjà 11 détachements militaires dans la région. Ils se sont installés dans ce qui était autrefois nos écoles. Et 11 communautés sont menacées d’expulsion immédiate ». Comprendre qu’ils ont alors 30 minutes pour quitter la zone, en emportant uniquement ce qu’ils ont sur le dos.

Les bataillons verts de Perenco
« Au Guatemala, personne ne s’intéresse au sort de ces communautés, surtout pas le gouvernement, s’insurge Ramon Cadena, avocat, membre de la Commission internationale des juristes et représentant des communautés. Il faut comprendre le poids d’une multinationale comme Perenco dans notre pays. Certes, elle va financer quelques écoles, pour l’image, mais en échange elle bénéficie d’un contrat d’exploitation pour 15 ans et d’une impunité totale ». Le collectif Guatemala et les communautés demandent aujourd’hui justice devant le gouvernement français, du fait de la nationalité de l’entreprise. Ils réclament notamment la création d’une enquête parlementaire pour mesurer l’impact des activités de Perenco dans cette région. Une mesure qui devient urgente car sur place la situation dégénère pour les familles. En 2011, deux des représentants de communautés ont été assassinés au Péten.
Bande annonce du documentaire de Grégory Lassalle du Collectif Guatemala : « Des dérives de l’art aux dérivés du pétrole
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