Publié le 22-07-2010 / Dernière édition le 27-07-2012
Le tourisme solidaire : un effet de contamination positive
Le tourisme solidaire est supposé améliorer les conditions de vies des populations du Sud. Pour arriver à ce résultat, il table sur une meilleure répartition des richesses entre les acteurs du tourisme. Comment ? Cela a t-il vraiment des résultats ? Kiagi a posé ces questions au professeur Gilles Caire, spécialiste du sujet.
Le tourisme traditionnel, ça rapporte quoi aux pays du Sud ?
Et bien... Pas grand chose ! Faisons un calcul très simple : imaginons qu’un touriste français dépense 100 euros pour partir en vacances à l’étranger. 20 euros vont rester au Nord et servir aux frais d’agence entre autre. Ensuite, environ 35 euros paieront le transport aérien. Il ne nous reste donc plus que 45 euros à dépenser au Sud. Or, sur ces 45 euros, une grosse partie retourne au Nord via les produits exportés, en buvant un coca par exemple. Et, entre la corruption et la concentration, le reste de l’argent revient souvent aux mêmes personnes qui contrôlent l’industrie touristique. Au final, pour une île comme les Maldives, seulement cinq euros resteront dans le pays. Une goutte d’eau.
Comparons avec le tourisme solidaire :
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, le schéma reste à peu près le même. Là encore sur 100 euros, 20 euros servent à financer les associations qui organisent le séjour. Ceci est tout à fait compréhensible puisque ces voyages sont encore rares et concernent très peu de personnes. Impossible donc de faire des économies d’échelles. Le transport représente toujours une grosse partie du budget, 35 euros ou plus lorsqu’il faut se rendre dans des régions ou des villages très reculés. Au final, il reste donc entre 28 et 35 euros pour les populations locales. Cela peut être décevant mais dans le cas du tourisme solidaire, l’entièreté de la somme revient aux communautés. C’est là le gros avantage.

Gilles Caire est responsable du Master Droit et Développement de l’économie sociale et solidaire de l’Université de Poitiers.
Alors, le tourisme solidaire, est ce que ça participe vraiment au développement des populations locales ?
Sans conteste. Il faut bien comprendre que les populations accueillant des touristes solidaires, sont à la base, des communautés très retirées vivant principalement de l’agriculture. Le tourisme devient donc une nouvelle source de revenus, parfois inespérée. De plus, ces revenus sont répartis de manière très large entre les familles du village. Tout le monde en profite. Dernier avantage du tourisme solidaire, une partie du prix du séjour est destinée à un projet collectif comme la création d’une école. Bénéfique à toute la communauté !
Oui mais le tourisme solidaire reste encore très mineur ?
Bien sur ! Nous parlons là d’un microtourisme qui représente 0,1 % de l’économie touristique mondiale. Mais le tourisme solidaire n’a pas vocation a devenir un tourisme de masse. Et surtout, il a des effets très importants de «contaminations positives». Je m’explique : l’essor de ces bonnes pratiques touristiques poussent les autre organisations touristiques à s’interroger. C’est ainsi que depuis quatre, cinq ans, nous voyons de grandes multinationales, comme le groupe Accor, mettre en place une réflexion sur le développement durable. Ne soyons pas dupe, cela reste pour beaucoup de la communication. Mais c’est un premier pas vraiment important, encore inexistant il y seulement 10 ans.
Cela encourage également le développement d’un nouveau tourisme au Nord :
Effectivement, il y a également un aspect pédagogique de ce côté. Par exemple, l’association Accueil Paysan participe à un tourisme solidaire Nord-Nord en développant l’agrotourisme à la ferme. Une manière pour les agriculteurs de diversifier leur revenus qui s’inspire directement des principes du tourisme solidaire.
Crédits Photo : Ritimo
Pour plus d'infos, consultez notre dossier du mois consacré au tourisme responsable.
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