Publié le 10-02-2011 / Dernière édition le 23-01-2012
L'accaparement des terres agricoles en direct du FSM
S'accaparer les terres des paysans du Sud, la nouvelle stratégie des multinationales.
Christian Boisgontier, ancien porte-parole de la Confédération paysanne et membre de la délégation au Forum social mondial de Dakar, demande des mesures d'urgence pour stopper l'accaparement des terres au Sud.


" L’accaparement
des terres agricoles par des investisseurs privés sera un sujet de débat
important au Fsm de Dakar. La spéculation sur les denrées alimentaires en 2007
et encore aujourd’hui ont entraîné de graves émeutes de la faim dans une
trentaine de pays.
D’après la Fao, un milliard d’êtres humains ne seraient plus
en mesure de satisfaire leurs besoins alimentaires, dont paradoxalement 75 % de
petits paysans.
Pour
sécuriser leurs approvisionnements et gagner beaucoup d’argent, des
multinationales arrachent des concessions d’exploitations de terre auprès de
gouvernements trop souvent corrompus. Au Mozambique, malgré les violentes
émeutes qui ont secoué les quartiers pauvres de Maputo, le groupe Tereos,
propriétaire de l’entreprise sucrière « Beghin-say » a récemment
obtenu une concession de 100 000 ha pour une durée de 50 ans. Déjà
15 000 ha sont plantés en canne à sucre, majoritairement exportée vers une
raffinerie en Europe pour la production du sucre et de l’éthanol, alors que 38
% de la population souffre de la faim.

En
Indonésie, Wilmar International, une entreprise agro-alimentaire possède déjà
500 000 ha de plantations pour faire de l’huile de palme et souhaite une
extension rapide de 1 million d’ha.
Selon
la banque mondiale, ce sont près de 45 millions d’hectares de terres
productives soit l’équivalent d’un pays comme la Suède qui ont été acquis en
2009 représentant une superficie dix fois supérieure aux surfaces acquises les
années antérieures. Des pays confrontés à de possibles pénuries, tels l’Arabie
Saoudite ou la Chine, cherchent également à acquérir les terres des pays les
plus pauvres pour sécuriser leurs approvisionnements et tenter d’échapper aux
importantes fluctuations de prix sur les marchés internationaux.
Autre
raison, beaucoup plus grave, la fabrication d’agro-carburants pour,
scandaleusement remplacer les énergies fossiles va requérir d’importantes
surfaces. Par exemple aux USA, 124 millions de tonnes de maïs sur 316 sont
destinées à des fins énergétiques au détriment de l’alimentation.
Les
investisseurs cherchent les terres les plus fertiles, avec possibilité
d’irrigation entrant en compétitivité avec les petits paysans. Ces mêmes
investisseurs pratiquent des monocultures intensives avec utilisation de pesticides
et d’engrais, contribuant à dégrader terre et eau dans des pays où les
réglementations environnementales sont inexistantes.

Encore
plus grave, les traités bilatéraux assurent d’importantes compensations
financières en cas d’expropriation des investisseurs et les protègent contre
toute mesure prise par le pays d’accueil qui menacerait leur rentabilité. Par
exemple : l’interdiction des pesticides dangereux ou des hausses
salariales qui menaceraient les profits des investisseurs.
Nous
savions tous que ces nouvelles dérives sont l’enfant d’un néo-capitalisme planétaire qui relègue les
produits alimentaires au rang de simples marchandises offertes à la
spéculation. La
banque mondiale avance le principe d’investissements responsables, et la Fao
bien timidement parle d’améliorer la gouvernance du foncier pour sécuriser les
droits des populations.
Nous
serons à Dakar pour demander que des mesures d’urgence soient prises pour
stopper l’accaparement des terres. La terre doit rester le support majeur de l’agriculture
familiale et la production alimentaire. "
Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le rapport d'Oxfam Privés de Terre, Privés d'Avenir et la campagne de la Confédération paysanne contre l'accaparement des terres.
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