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Publié le 20-09-2012 / Dernière édition le 20-09-2012
 
Johann : du nucléaire à la lutte contre le changement climatique
Il se destinait à travailler chez Areva mais Johann a choisi la voie opposée : le DD. Récit d’un virage à 180 degrés.
Il se définit lui-même comme un « taré de physique nucléaire ». Pourtant, son souci du jour est de trouver des partenaires pour le prochain sommet du réseau Climates, qui lutte contre le réchauffement climatique. Car Johann Marguliès est un équilibriste où plus exactement un contorsionniste : il y a quelques années il a fait le grand écart autant en terme de carrière professionnelle que sur le plan personnel. Alors qu’il se dirigeait tout droit vers la profession d’ingénieur nucléaire, le jeune homme a choisi une voie située, a priori, à l’extrême opposé : celle du développement durable. 

Johann fait partie des matheux, de ceux chez qui les chiffres et les formules scientifiques peuvent susciter frissonnements et passion. Il suit donc le parcours classique de tout ingénieur en herbe qui se respecte : bac S, classes préparatoires et entrée à l’Ecole spéciale des travaux publics (ESTP). C’est là qu’il touche pour la première fois du doigt les thématiques environnementales, lors d’un stage sur le chantier de rénovation du théâtre de la Gaîté Lyrique, à Paris. « C’était une commande de la Mairie de Paris, le bâtiment devait donc respecter toutes les normes Haute Qualité Environnementale (HQE). Cela a fait un petit tilt dans ma tête mais rien de plus ». Cependant, l’idée de devenir conducteur de travaux ou de travailler dans un bureau d’étude n’enchante guère le jeune Johann.
 
Il découvre alors que son école lui offre une passerelle vers le prestigieux Commissariat à l’énergie atomique (CEA), principale autorité de l’énergie nucléaire dans l’Hexagone. « La physique fondamentale, cela m’a toujours fait vibrer, insiste Johann, intarissable sur le sujet. De plus je cherchais un nouveau défi à relever, quelque chose pour me stimuler ». Le concours en poche, son avenir semble désormais tout tracé. Ses futurs employeurs, Areva et EDF, lui susurrent déjà à l’oreille : « mon fils, tu seras ingénieur en physique nucléaire ».
 
Changement de parcours

Johann tient à clarifier les choses : « je n’ai jamais été pour ou contre le nucléaire. Aujourd’hui encore, je suis quelqu’un de pragmatique. Le nucléaire, c’est 75 % de notre énergie en France. On ne pourra pas faire sans tout de suite. Par contre, à la question : le nucléaire est-ce l’avenir, je réponds non, sans hésiter ». Cette position ne suscite pas tant la controverse et pourtant, après un tel parcours, elle est tout à fait exceptionnelle. Remettons les choses dans le contexte. « Au CEA, les ingénieurs, professeurs, encadrants font tous preuve d’une croyance innée dans le progrès, dans la science. On côtoie chaque jour l’énergie nucléaire, on l’étudie en profondeur, sans jamais remettre en cause la viabilité de ce système. La question des déchets ou de la sûreté nucléaire, par exemple, ne suscite aucun débat, aucun esprit critique. Sauf à de très, très rares exceptions ».



Pour Johann non plus, cette remise en cause n’a rien d’évident au départ. En « bon petit ingénieur » et technicien, il étudie et apprend ce qui sera très certainement son futur métier : participer au développement de l’industrie nucléaire en France. Mais de temps en temps, des bribes d’informations commencent à l’interpeller. Ce n’est que tard dans sa formation, au détour d’un questionnaire, rare, de culture générale, qu’il apprend que la part du nucléaire dans le mix énergétique français s’élève à 75 %. « Le premier véritable choc. ». 

Il part ensuite faire une thèse aux Etats-Unis, où les débats sur la question sont beaucoup moins passionnels. Et là, c’est l’ouverture de la boîte de Pandore. « Pour la première fois où presque, j’envisageais la question du nucléaire non plus d’un point de vue scientifique mais sociétal. Pourquoi ce choix de stratégie énergétique ? Quelles conséquences éventuelles en terme de santé publique ? Et surtout, je me rends compte de l’absence de solutions viables à long terme pour la question des déchets nucléaires. Pour moi, c’est l’une des pires ignominies qui soit ». A partir de là, une seule certitude pour Johann : il ne peut pas travailler pour cette industrie là. 

Porte-parole anti-pessimiste

Un seul hic au tableau : Johann est en fin de parcours scolaire. Alors que faire après cette prise de conscience ? Dans sa promo, il est le seul à réfuter son orientation, à rejeter cette industrie en laquelle il ne croit plus. C’est un véritablement bouleversement qu’il traduit ainsi : « plutôt qu’un néo-sceptique du nucléaire, je dirai que je suis un néo-illuminé du développement durable ». Nouvelle réorientation, nouveau concours et, à la rentrée 2010, il entre à Sciences Po Paris pour un Master en Affaires Internationales, mention Environnement et Développement Durable. « C’est LA révélation ». Economie verte, droit de l’environnement,... Johann trouve très vite sa place malgré son parcours atypique. Jusqu’à s’investir dans un réseau étudiants de lutte contre le changement climatique, Climates. 

En juin 2012, il fait partie d’une délégation de jeunes envoyée à Rio+20, la conférence internationale sur le développement durable. L’ancien ingénieur nucléaire fait alors partie des groupes de militants qui dénonce le laxisme des dirigeants face à l’urgence de la crise environnementale. « Je récuse les discours pessimistes, le « tout est foutu ». Nous sommes clairement dans une crise de civilisation et il faut de manière urgente inventer un nouveau modèle de développement, de démocratie. Promouvoir les initiatives locales à l’échelon international, communiquer sur toutes les bonnes pratiques en matière de développement durable,...». Johann pourrait continuer des heures ainsi. Pas de doute, il a enfin trouvé sa voie. Et promis, le développement durable « cela n’a rien d’une nouvelle lubbie mais c’est un véritable engagement ». 
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